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Max Pinchard, compositeur

Max Pinchard, compositeur

Informations :

Date : 15 janv. 2008
Auteur : Jean-Jacques Werner
Publication : Le Chant des Voyelles

Contenu :

Jean-Jacques Werner,   ce 15 janvier 08

Je n’ai jamais eu de problèmes, ni de difficultés à faire aimer aux orchestres que je dirige, la musique de Max Pinchard. Son élévation, la gravité, les phrases au souffle large animent et soulèvent l’interprète.

J’ai rencontré Max pour la première fois en automne 1960 chez Janine Volant-Panel, violoniste, fondatrice du Quatuor instrumental de Paris, en son domicile rue de Londres. Le quatuor, composé d’une flûte, d’un violon, d’un violoncelle et d’un piano était en train de répéter le Divertissement d’été que Max a composé à leur demande. L’homme était d’une grande simplicité, d’un abord facile, mais sachant exactement ce qu’il voulait entendre. C’était du sérieux !

Ce rendez-vous marqua le début d’une longue collaboration et d’une grande et vive amitié.

Nous avions la même vision de ce que devait être une œuvre musicale, le même souci de la communion avec l’autre, la même soif de perfection, d’artisanat et d’authenticité.

Les œuvres de Max Pinchard interpellent la sensibilité de l’interprète et de l’auditeur. J’ai pu constater combien sa musique a conquis les musiciens des orchestres, surtout lors de premières auditions. L’écriture du compositeur est un mélange d’apparente simplicité et de grand raffinement. Elle requiert une attention de chaque instant car les points d’appui sont peu nombreux. La musique coule avec force, densité et naturel ; le musicien, lui, est entraîné toujours plus loin, vers de nouveaux espaces sonores, inattendus, lumineux, transparents, parfois sombres, parfois teintés de nostalgie et de regret des rives perdues.

Max Pinchard aime les lignes souples qui se croisent, s’enlacent, s’entrechoquent en un savant contrepoint, pour aboutir à cette verticalité mobile que le compositeur apprécie tant.

J’ai dirigé et créé plusieurs de ses œuvres, avec la complicité active des musiciens des orchestres et j’ai toujours éprouvé le même plaisir à les conduire et les faire connaître au public.   

Avec le temps, les œuvres de Max Pinchard ont pris une tonalité plus grave, nourrie par l’expérience et le vécu quotidien. Il y a du chemin de la Symphonie du verseau de 1962 au superbe Poème concerto Le creux du temps de 1996.

Héraclite écrit : «  à la même place tu te baignes dans le même fleuve, mais ce n’est jamais la même eau ».

L’œuvre de Pinchard trace son sillon depuis 50 ans. L’homme n’a pas changé. L’honnêteté de l’artisan, le « creuser profond », son lyrisme, sa générosité et le don de soi, le regard vers l’autre rejoignent à ce jour l’ardeur du jeune compositeur des années 60. Si le « chemin droit et le chemin contourné sont un seul et même chemin », la finalité des œuvres du compositeur Max Pinchard reste la même. Puiser aux sources, ne rien renier de l’enseignement des maîtres, rester fidèle à soi-même pour mieux atteindre les rives de la plénitude et de la beauté. La musique de Max Pinchard me touche profondément par ses élans et sa sincérité. Elle est à l’image de l’homme et porte en elle les germes de la durée.

Hors mode, elle défiera le temps.

J.J. Werner

 



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