Articles sur Max Pinchard

Oratorio pour l'Ettersberg

Oratorio pour l'Ettersberg

Informations :

Date : 11 sept. 1994
Auteur : Alexandre Vernon
Publication : Journal Havre-Libre

Contenu :

50e ANNIVERSAIRE DE LA LIBERATION

Au dela du martyre avec l'oratorio pour l'Ettersberg 

 

Sur des poèmes d’Yves-Pierre Boulongne, l’oratorio pour l’Ettersberg  « Ainsi naîtra un chœur d’enfants » de Max Pinchard, dimanche soir à la cathédrale du Havre, a fait surgir des visions épiques, mais surtout d’un lyrisme éblouissant, illuminées par l’espérance.

Et la foule qui avait envahi l’église s’en est trouvée transportée, subjuguée.

Pas moins de six chorales : la chorale de l’ENMD de Grand Couronne et Petit Couronne, dirigée par Martine Becuwe, la chorale Citarel de Meaux, dirigée par Damien Verdin, l’Ensemble vocal Daniel Jublin, les chœurs André Caplet dirigés par Jean Legoupil, les classes de formation musicale dirigées par Daniel Jublin, le chœur des Petites Voix  du Lycée François 1er dirigé par Odile Lesaulnier, soit plus de 150 choristes : Pas moins de deux orchestres et de grande classes : l’orchestre symphonique du Conservatoire du Havre  et l’Orchestre de chambre de l’ ENMD de Grand-Couronne, soit un total quatre-vingt musiciens ; une soprano de réputation internationale, la propre fille du compositeur : Sophie-Alice Pinchard ; et tout en haut de cette pyramide musicale : Max Pinchard, compositeur et chef d’orchestre, qui a donné sur la ville ce souffle purificateur inoubliable.

            Les poèmes d’Yves-Pierre Boulongne évoquent les nuits atroces d’un lieu honni : Buchenwald, que dominent justement les monts de l’Ettersberg. Mais lui qui a vécu le supplice, jamais ne désespère : Debout Cœurs rayés. Ames jointes. Dans l’œil noir de l’outrage. Dans la mort et le froid. Debout !…Nous croiserons en haute solitude » dit-il encore   .Mais par-delà le martyre, par-delà la mort, il est possible de trouver l’espérance comme le peignent les derniers vers : « Renaissant d’une nuit jamais écartée, Renaissant à la vie après un long délire. Debout, face au levant dans la houle des blés. » Il y a dans ces treize poèmes formant l’oratorio une intensité dramatique qui confine au sublime, avec pour chacun d’eux, une envolée d’un lyrisme envoûtant et un rythme différent, soit haché, brutal reflétant l’angoisse, soit harmonieux dans une vision apaisée. Et c’est pourquoi les enfants sont associés à ce chant « à l’unisson du temps, dans l’élan des prières »

La musique de Max Pinchard, dans un cheminement transfiguré, presque classique, suit pas à pas, mot à mot, cette fresque quasi sacrée, y accolant son lyrisme incomparable de créateur d’atmosphères. Il donne une respiration tragique au violent ressac des orages : « A Buchenwald, si tu savais… »,  il fait pleurer la douleur, « A Gross-Rosen, si tu savais… » y incorporant en dissonances des notes affolées, des accords de souffrance. Il imprime un lent balancement aux rêves de l’insoutenable, et lance de large envolées mélodiques dans une exaltation vibrante… C’est de la poésie musicale à l’état pur.

Les choristes, dans une belle unité et les musiciens magistralement dirigés par le compositeur lui-même  ont donné toute leur voix, et bien plus, tout leur cœur à cet oratorio de l’espérance, faisant partager leur émotion à un public conquis. Au-dessus, la voix de Sophie-Alice Pinchard, d’une pureté de cristal, a permis d’atteindre les cimes les plus hautes où la musique et la poésie s’unissent en un merveilleux flamboiement.

 Alexandre Vernon.

 

 



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