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Création mondiale de "La messe Là-bas"

Création mondiale de "La messe Là-bas"

Informations :

Date : 22 mai 1971
Auteur : A.F. de notre rédaction parisienne
Publication : Paris-Normandie

Contenu :

DANS L'EGLISE DE SAINT-GERMAIN-DES-PRES

Création mondiale de "La messe là-bas"  de Paul Claudel et Max Pinchard 

(de notre rédaction parisienne)

   Pour Paul Claudel qui y connut  la révélation entraînant sa conversion, Notre-Dame de Paris, lieu également de ses obsèques, eût peut-être été encore mieux appropriée. Mais Max Pinchard pouvait-il rêver mieux  que cette Eglise Saint-Germain-des-Prés au coeur du quartier  le plus culturel de Paris pour la création mondiale de "La Messe là-bas" dont il a composé la musique accompagnant le texte de l'auteur du "Soulier de satin"?  

   Donnée dans le cadre des journées de Saint-Germain-des Prés, cette première mondiale a réuni un public fervent.

   Rien de la liturgie traditionnelle dans cette "Messe là-bas " . L'oeuvre de Paul Claudel se présente comme une suite poétique de commentaires sur la messe. Placée en grandes parties sous le signe de Rimbaud qui inspira fortement, on le sait, Paul Claudel, elle conduit celui-ci à accorder une importance essentielle à la conversion  du poète d"Une saison en enfer", conversion d'ailleurs contestée et qui aurait été arrachée à un mourant par sa soeur Isabelle. 

Paul Claudel a écrit "La Messe là-bas" au Brésil, en 1917, loin des siens, pendant l'année de plus cruelle  de la guerre, sa province occupée. Dans cette longue méditation, il s'abandonne à un retour au passé dans un sentiment d'humiliation et d'amertume où il cherche à atteindre le fond vrai de sa nature, mais il se livre aussi à des réflexions sur la vie présente dont lui apparaît la précarité, tout en exprimant sa confiance irréductible en l'avenir.

     A la représentation, puisqu'à Saint-Germain-des-Prés c'est bien de cela qu'il s'agissait, cinq récitants, dont Jean Davy, ex-sociétaire de la Comédie française, ont interprété en play-back le texte de Paul Claudel mis en oeuvre par René Bergil.

     Originaire du Havre, Max Pinchard, professeur au Conservatoire de Rouen, a composé une musique qui enveloppe et souligne discrètement l'oeuvre du poète. Sans renier le langage musical de son temps, sa partition, immédiatement accessible à l'oreille, prend dès sa naissance une facture classique. Loin de se laisser emporter  par le ton épique de Claudel, sa musique, comme celle de Ravel,atteint à une grande volupté sonore, notamment lorsqu'elle met en valeur les chaudes sonorités du violoncelle. 

     Paul Claudel -dont les héritiers lui sont d'une fidélité acharnée- se serait réjoui, assure son fils, Pierre, dans sa présentation, qu'on ait donné à son texte la dimension  qu'il a trouvée ce soir grâce  à ces belles voix d'hommes et de femmes et grâce aux instruments groupés sous la baguette de Max PInchard qui a composé la musique. 

     Et peut-être se trouvait-il derrière un pilier de l'Eglise Saint-germain-des-Prés  un jeune homme que , Paul Claudel à son tour, par sa "Messe Là-bas ", aura touché de sa grâce ?  A. F.  (sans doute André Fatras) 

 

   

 



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