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Max Pinchard : un regard lucide

Max Pinchard : un regard lucide

Informations :

Date : 5 avr. 1979
Auteur : Christian Goubault
Publication : Paris-Normandie

Contenu :

ARTS ET SPECTACLES    Concerts 

Max Pinchard : un regard lucide 

   "Que de l'amour naisse une grandeur d'exister", telle est la maxime d'or de Max Pinchard, que toute son œuvre cherche à illustrer. En l'écoutant, nous sommes frappés d'abord par la sincérité qui en émane, ensuite par la concordance qui existe entre cette musique et la pensée qui la sous-entend. Il faut regarder autour de nous, dit volontiers le compositeur, vivre avec ce qui nous entoure. Le musicien, livrant à sa manière un message humain, profondément incarné, jette un regard lucide sur les êtres et sur le monde. Voilà ce qui semble être le signe de cette œuvre  et la marque de sa cohérence. 

   Dans la salle des Etats de l'Archevêché de Rouen, Max Pinchard présentait,  vendredi soir, avec le concours de l'Ensemble vocal de Lucien Brasseur, quelques aspects d'un véritable univers dont la religiosité  est le caractère principal et unitaire. Il convient de signaler  que cette séance fut très suivie. On ne saurait trop encourager des entreprises de ce genre, où le créateur explique lui-même les buts qu'il poursuit, et où il s'aperçoit qu'il n'est pas nécessairement un solitaire. Max Pinchard possède la notion de ce qu'il réalise, du but vers lequel il se dirige. Il a fait depuis longtemps ses choix, notamment au niveau de l’écriture : son langage est expressif, appuyé sur la tradition, sans laisser de côtés des perspectives  plus modernes.  Mais sa recherche primordiale dépasse l'homme et, à la limite, la musique.

Deux parties formaient l'ossature de cette présentation : la première était empreinte de tendresse   notamment avec l'Office  pour une Communauté paroissiale, où, par un souci de simplicité, les mots  conservent toute leur force, avec le " Mystère de douceur " de la Petite Cantate de Noël. La seconde plus contrastée, présentait des extraits significatifs de la Symphonie du Verseau, des Golfes d'Ombre, des Chorals du Signe de la Croix, de la Messe Là-bas, de Paul Claudel, enfin Tehôm  pour chœur, poème de Bruno Pinchard, d'après le Livre de Job. L'éventail expressif  de ces pages est remarquablement ouvert : un Lamento émouvant, qui n'est pas sans rappeler la voix d'Honegger, l'inquiétude et l'interrogation devant la souffrance et la mort, le lyrisme intense où les cris de Tehôm.. Mais partout l'Espérance, en filigrane, personnalisés par le choral qui unit et unifie.    

L'Ensemble vocal  Lucien Brasseur a joué un rôle important  dans cette soirée. Dédicataire de Tehôm, il a eu à cœur de l'interpréter dans l'esprit  qui a présidé à sa conception. Il est rare de rencontrer une si parfaite compréhension d'un compositeur par les interprètes et d'artistes, individuellement, pour la pensée d'un créateur. Max Pinchard, en écrivant pour l'Ensemble vocal, en a utilisé toutes les ressources techniques et expressives. Celui-ci a montré qu'il avait raison.  C. GOUBAULT    

 

 



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