Articles sur Max Pinchard

Grand Psaume de Consolation

Grand Psaume de Consolation

Informations :

Date : 11 nov. 1960
Auteur : Marguerite Darbellay
Publication : Journal Le Havre

Contenu :

 

    Le départ fulgurant qu’ont pris les « Semaines d’Art » de la ville du Havre  avec l’exposition de peinture  de Jef Friboulet s’est confirmé mercredi soir dans cette autre grande rencontre : celle de la musique et du public.

    Le public havrais, au milieu duquel nous avons noté la présence de MM. Monguillon, maire,  Langlois, Fatras, Lentaigne, adjoints, a répondu avec empressement et c’est devant une salle bien remplie que s’est déroulé le 52e Concert de l’Association André-Caplet.

    Dès l’entrée,  un élégant programme sollicitait l’attention et offrait le plaisir d’un premier contact avec le texte de ce qui devait être le « clou » de ce grand moment de belle, d’authentique musique : celui du poème de Gérard Murail qui se révéla, à l’audition, si riche de pouvoir incantatoire, d’un lyrisme puissant et lumineux.

    Après l’entr’acte apparut Camille Maurane. Instant de grande, de chaude poésie que son interprétation magnifique des trois mélodies : « Au cœur du sang » de Gérard Murail, « Laissez-lui son patient sommeil » et « Rondo de l’âme défunte » de A.  Chardine. Ces poèmes mis en musique et orchestrés par Max Pinchard font partie d’un cycle de six mélodies. Avec un respect infini, voix et musique épousent tantôt la sourde angoisse, tantôt dégagent les mots l’élan lyrique, fervent mais contenu, à tel point qu’on se demande s’ils ne deviennent pas inséparables. Cette remarque sera d’ailleurs encore plus sensible  encore dans le « Grand Psaume de Consolation »….

  Que dire, enfin, de la création du « Grand Psaume de Consolation », sinon qu’il saisit l’âme immédiatement  et de l’intérieur ?  Ce qui fait l’essence de la douleur humaine, la séparation inéluctable de la mort évoquée en mots sobres, en phrases musicales merveilleusement construites où voix du récitant, du soliste et des chœurs, alternent et se répondent. L’angoisse du début s’élevant peu à peu jusqu’à l’espérance : « Il ne faut plus se retourner sur ces amères statues de sel que font les larmes ».  «  Rester fidèle à l’être libre ! Car il est impossible, impossible, impossible  qu’il se mesure à des liens pourrissants l’imputrescible par nature … »

    Max Pinchard a fait là une œuvre forte, charpentée, où chaque voix, chaque instrument a une place bien déterminée, où chacun a un rôle irremplaçable. Œuvre de sérénité aussi où l’angoisse humaine s’éclaire d’une lumière spirituelle gagnée sur le combat des forces obscures, atteinte par le dur chemin de l’épreuve.

    Le « Grand Psaume de Consolation » a été excellemment servi par ses interprètes, Camille Maurane,  comme Paul Richard, l’orchestre André-Caplet, la Manécanterie et la Chorale de Sainte-Marie sous la baguette d’Emile Palier méritent un égal éloge.   C’est la perfection de chaque participant qui  vaut la réussite de l’ensemble.

    Oui, le « Grand Psaume de Consolation » de Gérard Murail et Max Pinchard  peut prendre place aux côté des « Requiem » fameux de Fauré, Migot, Duruflé : il n’y fera pas figure de parent pauvre.

    Que d’autres soirées aussi chargées de poésie et de beauté succèdent à celle-ci, les Havrais auront les accueillir.

M.D. 

 



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