Articles sur Max Pinchard

Éloge de la Musique

Éloge de la  Musique

Informations :

Date : 20 févr. 2010
Auteur : Daniel Leveillard, Secrétaire permétuel de l'Académie de Recherche
Publication : Académie de recherche

Contenu :

avec l'aimable autorisation de Daniel Leveillard
Secrétaire perpétuel de l'Académie de recherche
www.academiederecherche.org
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ELOGE DE LA MUSIQUE

 

 

HOMMAGE AU COMPOSITEUR DE MUSIQUE

MAX PINCHARD

 

 

Membre Perpétuel de l’Académie

 

 

En réponse à son « Introduction à l’Art Musical »

 

Discours du 20 février 2010

 

___

 

 

Max Pinchard nous a quittés voici trois mois ; curieusement le jour même où mon imprimeur sortait les faire-parts destinés à son hommage. Celui-ci était en effet prévu de longue date ; j’aurais souhaité qu’il se fit plus tôt, mais, pour des raisons de calendrier, nous avons fini par convenir avec son fils, Bruno Pinchard, de la date du 20 février. Je ne sais pas, finalement, si cela change grand’ chose, puisque Max n’aurait pas été plus présent alors qu’il ne l’est aujourd’hui. Sachant quel grand croyant il était, j’oserai même dire que, libéré des liens terrestres, il est immanquablement aujourd’hui avec nous, alors qu’hier cela lui était impossible.

 

Max,

Vous êtes entré à l’Académie ; vous y êtes encore, où vous occupez le 30ème fauteuil. Oui, vous y êtes encore, car c’est le propre des académiciens que d’êtres « Immortels ». Faute de l’être ici bas, où cette immortalité d’ailleurs ne serait pas un cadeau, vous l’êtes dans nos âmes ; et élevé au rang des membres perpétuels après votre décès, cela revient à dire que nous évoquerons régulièrement votre mémoire ; à commencer par aujourd’hui, où c’est nous, croyez-le bien, qui sommes honorés de vous rendre cet hommage.

 

Voilà combien d’années que nous nous connaissions ? Près d’un demi-siècle. La première fois, vous étiez mon professeur de musique au lycée François 1er du Havre. Je me souviens cette rencontre comme si c’était aujourd’hui :

 

J’étais alors un transfuge du lycée rural de Montivilliers. Dans cet autre lycée, nous avions un professeur de musique, monsieur Prud’homme ; homme de grande qualité mais qui avait le malheur d’exercer cette profession : A cette époque, il était de bon ton de se moquer des professeurs de musique ; c’était une discipline qui ne comptait pas, et qui avait réputation de ne servir à rien dans la vie, donc c’était une heure de défoulement. Hélas !.... Que me reste-t-il comme souvenirs de ces leçons, hors les sautes d’humeurs, bien légitimes, de cet homme, et les expressions, moins vives mais infiniment plus douloureuses sûrement, de ses injustes chagrins.

 

Max, la première fois que je vous ai vu, alors que vous nous receviez à la porte de votre salle de cours, vous portiez un costume vert ; veste foncée, pantalon plus clair, cravate verte, une chemise rose, (ou brun clair). Cela ne s’oublie pas !.... Je me suis dit dans ma tête : « Un bonhomme vert !... Ca ne va pas être triste !... ».

 

Nous avons pris place ; je me suis mis au premier rang, face à votre bureau. Vous ne vous êtes pas assis, vous êtes resté debout, et vous avez commencé à parler. Vous connaissiez tous vos élèves, à l’exception des quatre transfuges ; alors, vous vous êtes adressé à nous, sachant notre passé extra-muros.

 

Dans l’autre lycée, nous avions un livre de cours, « Histoire de la Musique », de Paule Druilhe » ; là, c’était un ouvrage de vous. Non pas une histoire de la musique, précisément, mais une Introduction à l’Art Musical. Il y a loin de l’un à l’autre. Où le premier était un catalogue chronologique des compositeurs et de leurs œuvres, le vôtre avait prétention de nous introduire dans le monde, si particulier, de la musique, et nous faire comprendre la vraie nature de cet art. Mieux, et je vous entendrai toujours :

 

« Mon but n’est pas de vous faire apprendre des listes de noms et de dates ; je ne vous apprendrai pas à taper des touches sur un piano, ni à jouer du pipeau ; je me propose de vous faire aimer la musique ».

 

Sous une apparence hautaine, en fait vous étiez bien modeste. Nous eûmes, en effet, provisoirement, ce défaut de vous vivre ainsi ; nous étions tout simplement dépassés par tant de grandeur. A force de vous connaître, j’ai fini par vous comprendre et non seulement ainsi j’ai appris à aimer la musique, mais encore vous m’avez initié à ce qui est bien plus qu’aimer ; vous m’avez appris à vivre la musique. Et ce n’est pas du tout la même chose !

 

Je suis né d’une famille très pauvre. Dans ce milieu, la défaveur économique est toujours doublée d’une défaveur culturelle. Côté musique, notre culture se limitait aux chansons de garde, chansons à boire, chansons paillardes, chansons des rues. Théodore Botrel, Tino Rossi, Berthe Silva constituaient ce gotha au-dessus de quoi, pour nous, il n’y avait plus rien.

 

Ainsi donc, pour notre premier cours, vous vous adressiez à nous quatre « horsains » ; mais comme je m’étais mis au premier rang, qui plus est juste en face de vous, vous vous êtes adressé à moi d’une façon que j’ai fini par prendre comme particulière. Au cours de votre discours de réception, vous m’avez demandé : « Vous connaissez Brahms ? ».

 

Quelle question !.... Bien sûr que je connaissais Brahms, compositeur allemand de la fin du 19ème siècle, et Madame Sagan l’avait suffisamment médiatisé quelques années plus tôt dans son fameux roman. Mais, de sa musique : rien. Alors, pour pallier à mon ignorance, vous êtes allé à l’électrophone et vous avez mis un de ces bons vieux vinyles : le Requiem Allemand.

 

Je vous dois cette honnêteté : j’ai entendu, mais je n’ai pas écouté. Cette musique, décidément, n’était pas ma culture ; cela me passait au-dessus de la tête. Mais, je vous ai regardé et j’ai vu. Au premier regard, j’ai su que vous connaissiez ce morceau par cœur ; j’ai vu vos mains bouger, comme si vous dirigiez secrètement cet orchestre invisible ; j’ai vu votre tête se baisser vers le sol ou se lever vers le plafond ; j’ai même vu dans vos yeux des lueurs que tout à l’heure vous n’aviez pas : vos yeux pétillaient ! Alors, j’ai compris que vous viviez cette musique ; qu’elle vous habitait. Une vraie communion. Et moi, qui n’entendais que des sons étrangers, je vous ai envié cette belle complicité. Surtout, j’ai compris qu’il manquait quelque chose à ma constitution mentale.

 

Transfiguration. Le mot est fort, certes, mais c’est pourtant vrai que ce jour-là, mon âme a changé. Nous n’avions pas d’électrophone à la maison, mais je mettais le transistor pour apprendre à vivre avec celle qui, grâce à vous, deviendra ma compagne la plus fidèle : la belle musique.

 

C’est un des grands mystères de l’humanité, mais qu’y a t il de plus puissant que l’enseignement d’un maître à son élève ? Ce que celui-là possède à force d’études ou de pratique, il le transmet à celui-ci. J’étais subjugué par votre forme d’enseignement. Tant, que profitant de vacances, j’ai relié votre livre d’une couverture simili cuir. Couleur vert olive !.... A la rentrée, je suis allé vous le montrer. C’était bien peu, vous me donniez tant ! et pourtant, je sais que cet humble geste, totalement spontané, vous avait ému.

 

« Aimez-vous Brahms ?... » Mon maître, ma voie n’était pas la musique ; mes doigts sont bien trop rigides pour jouer du piano, et bien trop stupides déjà pour jouer de la flûte ; soufflé-je dans une trompe, aucun son n’en sort jamais. A la limite pourrais-je faire bon usage de la grosse-caisse, et encore !.... Mais, étant devenu chercheur en anthropologie culturelle, je me suis attaché à l’étude des dites sépultures paléolithiques (Néanderthal, Cro-Magnon) ; et ayant réalisé de ces structures préhistoriques, nous en avons fait un film, avec un texte de circonstance, forcément funèbre. Comme musique de fond, mon choix s’est spontanément porté sur Brahms : le Requiem Allemand.

 

Max,

J’insistais, tout à l’heure, à juste raison, sur la noblesse de votre vocation. Votre vie se résume en un mot : « donner » ; vous avez donné votre vie à la musique : compositeur de talent mais également professeur de lycée et directeur des Conservatoires de Haute Normandie où vous n’avez laissé que des bons souvenirs de vous. Votre passion était, comment dirais-je ?... contagieuse. 

 

Cela dit, j’aime souvent à rappeler qu’il n’est de bon maître sans élève qui lui dise quelquefois : « Il manque quelque chose à votre enseignement ». Sauf un défaut de mémoire, j’ai toujours trouvé une lacune dans votre approche de l’art musical. Jamais vous n’avez parlé de l’origine préhistorique de la musique.

 

Sans doute cela n’appartenait-il pas à votre culture. Mais, alors, comme avant vous, il n’était pas de ma culture de m’intéresser à la belle musique, laissez-moi ce privilège aujourd’hui, de vous en dire deux mots, où j’aimerais tant vous convaincre de mon intérêt comme vous-même, naguère, m’avez convaincu du votre.

 

Que sait-on à ce propos ? Bien peu, c’est vrai, où l’imaginaire risque bien de l’emporter souvent sur le réel. Car on trouve des matériaux auxquels on attribue une fonction musicale, mais même si l’homme paléolithique avait de tels instruments et même si on parvient à définir avec une bonne précision quels sons ces instruments pouvaient produire, il reste que l’on ne saura jamais de quelle façon les hommes d’alors en usaient. Etait-ce vraiment de la musique, ou n’étaient-ce que des bruits ?

 

Qu’est-ce que la musique ? C’est une suite de notes dont l’assemblage produit une mélodie. Mais qu’est-ce qu’une note ? c’est un son. La musique est donc une suite de sons, disposés de façon harmonieuse.

 

L’homme, dès son apparition, c’est à dire voici quelque quarante mille siècles, entendait des sons, dont certains assemblages étaient mélodieux ; comme le chant des oiseaux. Or, ce qu’on appelle le chant des oiseaux est en fait une musique puisqu’il n’y a pas de paroles. Par là, l’homme du paléolithique vivait dans un environnement musical.

 

De plus, on sait la faculté simiesque de l’homme qui le porte à imiter, et on peut considérer comme une certitude que très tôt il imita la musique des oiseaux.

 

De toute évidence, au moins dès qu’il fut chasseur, l’homme pratiquait cette forme de musique, où l’instrument, corporel, était la bouche : les lèvres et la langue. Mon sentiment est même que c’est là l’origine du langage : quand on finit par attribuer un son d’oiseau particulier à certaines situations particulières propres au chasseur : simuler une musique de fauvette pour dire « à droite », une musique de rossignol pour dire « à gauche », une musique de geai pour dire « avance », ou une musique de pie pour dire « ne bouge pas ».  

 

Chasseur, il avait, de toute évidence cette propension que l’on retrouve chez les peuples naturels, à imiter le cri de certains animaux qu’ils côtoient : le loup, l’éléphant, le cheval, la vache ou le mouton. Le répertoire est vaste, qui ouvre à un large vocabulaire chanté. Et ceci n’est pas négligeable : Par-là donc l’homme aurait chanté avant de parler ; cette hypothèse étant corroborée par le fait que les langues primitives ont toutes des sonorités chantantes, qui s’atténuent à mesure que la langue privilégie l’abstrait. 

 

Quant aux instruments, je parlais de grosse-caisse tout à l’heure ; sans nul doute, le premier instrument de musique fut-il un instrument de percussion : taper sur un tronc d’arbre, comme taper sur une pierre, où l’on pense évidemment au percuteur dans la taille des silex, qui délivre un son subtil, et très évocateur de la dextérité du tailleur : on « joue » du percuteur.

 

 

 

Max,

Dans vos propos, vous aviez coutume de dire, qui confirme cette modestie : « Je suis né avec le don de la musique ». Ce n’est pas moi qui irai contre cette conception du sens de la vie : Oui, nous naissons tous avec un don ; qu’on y voit un don surnaturel émanant de Dieu ou un don simplement naturel. Là aussi, aux temps préhistoriques, un jour, du sein de la masse, il dut se trouver un homme (ou une femme plus probablement, d’ailleurs) pour jouer du skeletophone qui est la version osseuse du xylophone ; l’intérêt particulier étant que le son obtenu n’est pas le même selon que l’on percute une cote longue ou courte. Le premier compositeur de musique était né.

 

Et je suis absolument persuadé que la première composition était un Requiem ; non pas pour l’homme (notre conception de la religion paléolithique est fondée sur la double illusion qu’en eurent les premiers préhistoriens, presque tous prêtres ou poètes) ; mais pour l’animal, clef de voûte de la civilisation paléo. Sur la carcasse de l’animal qu’on avait tué, on composait une messe, au sens premier du mot missa qui signifie « envoyer » : « Envoyez-nous d’autres animaux » ; exactement comme on agit encore chez les peuples primitifs, où l’on fait toujours une prière d’excuse sur l’animal que l’on tue, insistant sur cette nécessité de tuer pour vivre : « Va, je t’envoie pour que tu dises aux tiens que je n’ai rien contre vous ; je vous tue parce que ma vie repose sur votre mort ».

 

Si j’osais, je parlerais ici de la carcasse d’un cerf : un Requiem de brame !

 

Je voudrais développer quelque peu cette notion d’art musical primitif, car cela me paraît essentiel pour bien comprendre la manière dont la musique fut vécue aux origines ; la musique, qui n’est pas une nécessité vitale et qui pourtant devint vite essentielle dans la vie quotidienne des primitifs.

 

Nous entendons par musique, toute séquence de sons, exprimés de manière non syllabique, par le moyen des organes vocaux (musique vocale), ou par celui d'instruments, réservés ou non à cet effet (musique instrumentale), et assem­blés de manière à produire un effet mélodieux et/ou harmonieux.

 

En ce sens, la musique instrumentale commence par le battement du pied contre le sol, le battement des mains l’une contre l'autre, ou contre une partie quelconque du corps, le tapotement du bout des doigts, ou avec un petit caillou sur un morceau de bois. De même la musique vocale commence par le soufflement, qui peut n’être que la production du bruit résul­tant de la respiration, ou de tout autre bruit émis en souf­flant, par le nez ou par la bouche.

 

A un degré un peu plus éle­vé, vient le fredonnement, qui consiste en la production de séquences de sons, exprimés par le moyen du nez, par lequel on rejette l'air jusqu’alors contenu dans les poumons ; la bouche, pendant la production de ces sons, pouvant être ou non mainte­nue fermée. Enfin, vient le sifflement, qui consiste en la pro­duction de séquences de sons, plus ou moins aigus, exprimés par le moyen de la bouche, par laquelle on rejette l'air jusqu'alors contenu dans les poumons ; la bouche pendant la production de ces sons, demeurant à peine entrouverte, les lèvres étant resserrées et légèrement jetées en avant.

 

Ces deux types de musique sont à l'origine, respective­ment, des instruments dits à percussion, et de ceux dits à vent ; le  troisième  type essentiel d'instruments, dits à corde, qui a sans doute trouvé son origine dans l'arc, ne semblant pas s'ê­tre développé chez les paléoprimitifs.

 

En fait, les instruments de musique sont assez rares chez les peuples primitifs. Ceuxà vent sont essentiellement limités aux trompes, lesquelles, en Australie Centrale, sont des branches longues de 60 à 240 cm,creusées par des termites, et ayant un diamètre de 5 à 30 cm, peintes à l'ocre rouge et ornées de traits longitudinaux gravés par le moyen d'un outil de pierre, ainsi que d'anneaux de duvet blanc. Les sons assez graves, sont obtenus en soufflant dans l'extrémité la plus étroite de cet instrument, et en faisant vibrer ses lèvres.

 

Parmi les instruments à percussion, le plus important en Australie, est certainement le yélo, qui est une tjurunga de bois, de petites dimensions, souvent anthropomorphe, fixée au bout d'une corde, et que l'on fait vrombir en lui impri­mant un mouvement circulaire. Les sons ainsi obtenus, qui por­tent très loin, imitent assez bien le bruit du tonnerre, d'où son nom anglais de bull-roarer. Viennent ensuite le margan, le ramo et le xylophone, très répandus également en Australie.

 

Le margan, qui occupe une place importante chez les Alawas de la Terre d'Arnhem, est un instrument rectangulaire, long de 75cm et large de 10cm, dont les extrémités sont dentées, et toute la surface ornée de cercles gravés, et que l'on frap­pe au moyen d'un petit maillet.

 

Le ramo est une demi bûche, longue de 23cm et d'un rayon de 3cm environ, peinte à l'ocre et gravée, dont toute la surfa­ce plane est munie d'entailles plus ou moins nombreuses, par­fois plus d'une trentaine, assez profondes et aux arêtes vives, sur lesquelles on promène un morceau de bois taillé en lame de couteau, produisant ainsi un son puissant, identique à celui que ferait une crécelle.

 

Le xylophone est un instrument composé de bâtons, en for­me de cigare et de différentes longueurs, variant entre 20 et 30cm, et d'une épaisseur de 2 à 3cm, sur lesquels sont gravés un grand nombre de spirales, de traces de serpents et de pieds humains, et que l'on frappe au moyen d'un maillet, produisant ainsi une série de sons, plus ou moins secs et aigus, selon la longueur dudit bâton, et qui portent très loin.

 

Le tam-tam est un autre instrument à percussion, très répandu en Australie. Il s'agit en quelque sorte d'un grand tambour, sans fente ni peau, long d'1m50 environ sur une ving­taine de centimètres d'épaisseur, orné en son milieu d'une large frise en rouge et en jaune comportant des serpents, des émeus, des plantes et des armes de chasse, tandis que le reste est couvert de taches sombres, et que l'on frappe à l'endroit le plus bruyant, marqué par un rectangle jaune, au moyen d'une souche de palmier, utilisée commemailloche, l'instrument repo­sant sur une cuisse de l'exécutant, et étant maintenu sous le bras de celui-ci.

 

En Amérique du Nord, tant chez les Indiens que chez les Esquimaux, l'instrument caractéristique est le tambourin, qui se présente comme un cercle de bois tendu d'une peau de cuir, ou de deux (chez les Naskapis), que l'on frappe au moyen d'une baguette de bois, et muni d'un tendon dans lequel sont plantés de petits fragments d'os, qui vibrent lorsque l'on frappe la peau du tambourin, ou que l'on remue activement celui-ci.

 

Tous ces instruments, qu'ils soient à vent, à percussion, ou à corde (et qui sont, précisons le ici, totalement inconnus des Fuégiens), ne sont pas de simples objets, ni même des objets au sens strict ; ce sont des êtres véritables, mieux ce sont des Dieux, Grand Dieu ou, plus souvent, Héros Civilisateur. Ainsi, la trompe australienne est le corps du Serpent Mythique, de même que le tam-tam ; le yélo, le Grand Dieu, ou comme en Terre d'Arnhem, le Serpent Mythique ; le margan est le Serpent d'Arc en Ciel, ou le Varan Originel (le varan étant comme on le sait une espèce de lézard=serpent).

 

Le son qui sort de l'instrument est donc la voix du Dieu lui même. Et, en ce sens, jouer de la musique, c'est faire parler les Dieux, ou plus précisément les faire chanter, puisque le chant est la langue des Dieux ; mais c'est aussi créer, ou plus précisément métamorphoser, puisque les mots prononcés par les Dieux prennent aussitôt la forme réelle de ce qu'ils désignent.

 

Ainsi, en faisant chanter les Dieux à sa place, en jouant de la  musique, l'homme est certain d'obtenir ce qu'il demande, de voir ses désirs se transformer en réalité. La mu­sique est donc en quelque sorte, un moyen fantasmatique, utili­sé par l'Homme pour réaliser ses désirs simultanément à leur expression, et beaucoup plus efficace que la prière, qui n'est jamais sûre d'être exaucée.

 

Ces désirs que l'Homme cherche à réaliser par le moyen de la musique, sont, très souvent, liés à la sexualité. Ainsi, le yélo, qui est cet instrument dont je parlais dans le pa­ragraphe précédent à propos des rites initiatiques de puberté, et que les Anciens font tourner au-dessus de la tête du candidat pendant qu'on le circoncit, sert également aux hommes pour attirer les femmes la nuit afin de satisfaire leurs besoins sexuels. La trompe sert également à ces fins : lors de certains rites de sexualité, l'artiste remplit l'instrument de fumée, en le mettant au-dessus d'un feu, puis presse sa tête dans le pavillon de cet instrument, afin d'aspirer la fumée, s'identifiant ainsi au Serpent-Héros, se pénétrant de ses qua­lités enchanteresses. Ensuite, il se met à jouer, attirant ainsi irrésistiblement la femme désirée, qui succombe au charme de cette musique, laquelle n'est autre que la voix du Serpent.

 

En jouant de cette musique, dite de charme, l'artiste fait chanter les Dieux ; il réactualise donc le Temps du Rêve, celui où le Héros était présent sur Terre. En ce sens, jouer de la musique, c'est célébrer le rite, c'est servir au maintien de l'ordre cosmique : chaque fois qu'un instrument joue, le Héros parle, le Temps du Rêve est réintégré.

 

Mais, fait remarquable, ce temps qui est réintégré n'est pas celui où l'Homme et le Héros étaient ensemble sur Terre, mais celui où le Héros était seul sur cette planète, avant qu'il ait créé l'Homme, qu'il l'ait fait sortir de la terre. Ainsi, par exemple, en Australie, lorsque le Héros-Lézard-Hermaphrodite-Margan (dont le corps, au dire des indigènes est femelle et le maillet mâle) se fait entendre, toute la tribu, y compris les femmes et les enfants, se fige dans une immobilité complète, imitant ainsi l'arrêt brusque du varan lorsque cet animal entend un bruit insolite ; autrement dit, s'identifie au Lézard mythique. L'homme à ce moment n'existe plus, mais seul le Héros.

 

En ce sens donc, la musique est un moyen permettant à l'homme d'abandonner sa condition actuelle et de recouvrer sa condi­tion originelle, celle où il était encore en terre, sous forme embryonnaire.

 

Certaines autres musiques cependant sont fondées sur le rythme. C'est le cas tout particulièrement des musiques jouées par les chamans nord américains sur leurs tambourins. Ces rythmes, ici, ont pour fonction de transporter le chaman là où il désire se rendre, par exemple au Royaume des morts ou chez les Proprié­taires des animaux.

 

Ici encore, il s'agit bien de la réalisation d'un désir simultanément à son expression : il suffit au chaman de tambouriner pour qu'aussitôt il s'envole dans les airs, en s'identifiant à son âme-libre. La méthode alors employée par le chaman consiste à jouer sur un rythme de plus en plus rapide, jusqu'à devenir frénétique, voire même insupportable à la fin, ce qui a pour effet de faire tomber le chaman dans un état de totale inconscience, de lui faire réintégrer le Temps du Rêve, ce temps paradisiaque où le Pilier Cosmique était présent, et où l'Homme pouvait facilement accé­der au Ciel ; ou plus précisément, à la fin du Temps du Rêve, en ce temps où le Héros, auquel le chaman s'est identifié, est mon­té au Ciel, emportant avec lui le Pilier Cosmique, et laissant sur Terre les Ancêtres mythiques, représentés ici par les hommes du commun, assemblés autour du chaman en transe.

 

Ainsi, le tambourin chamanique peut être considéré comme un moyen de transport, utilisé par le chaman pour se rendre au Temps du Rêve. Et en fait c'est bien là ce dont il s'agit, à ceci près que le véritable moyen de transport est « en réalité » l'animal dont le chaman a pris la peau pour faire son tambourin.

 

Et qui niera cette idée de transport puisque l’expression est restée : la belle musique nous transporte ; nous porte vers d’autres horizons. Pendant ce temps où nous écoutons de la belle musique, nous ne sommes plus dans le monde ; notre âme est emportée.

 

On écoute religieusement. Que ce soient les rythmes australiens, ou que ce soit la Neuvième de Beethoven. Que ce soient les chants esquimaux ou Rachmaninov. Par où, toutes ces musiques, s’écoutant religieusement, sont toutes sinon religieuses, du moins toutes chargées de sacralité.

 

« Religieusement ». On ne parle pas davantage pendant un concert que pendant la messe, on ne commente pas davantage ; on est en communion, en oraison. Rien de ce monde ne peut venir nous perturber puisque nous sommes « ailleurs ». Et c’est forcément encore plus vrai lorsqu’on écoute un Requiem.

 

J’aime les Requiem. Je les ai presque tous, et dont beaucoup sont malheureusement méconnus (Requiem de Dvorak, Requiem de Duruflé, Requiem de Cherubini, Requiem de Hasse). Les écouter est pour moi une source vivifiante à laquelle je m’abreuve avec une rare délectation.

 

Est-ce parce que j’ai été initié à cette belle musique avec le Requiem de Brahms ? Certainement pas ; où c’est bien plus sûrement ma formation de chercheur en anthropologie religieuse qui m’a très tôt porté vers cette grande question de la mort.

 

Max,

Vous qui êtes dans cet « ailleurs » peut-être me le soufflerez-vous ? J’ai toujours pensé que la mort grandissait l’homme. Comme le dit le librettiste de Brahms : « La mort est la renaissance de l’homme. »

 

« La mort est la renaissance de l’Homme ». Comme cette pensée dépasse la simple philosophie, qui pour être purement religieuse rejoint pleinement notre Introduction à l’Art musical.

 

L’homme, disais-je précédemment, a commencé par chanter avant de parler, et c’est quelque chose de remarquable d’ailleurs que tous les nouveau-nés avant de parler commencent par babiller, le babillage n’étant rien d’autre qu’un chant sans parole : des vocalisations par lesquelles on exerce sa voix.

 

Dans la Bible, finalement il est dit la même chose, où dès son apparition sur Terre, l’homme, dans la fameuse chute (quand il tombe de haut !), mesure un immense désenchantement. S’il déchanta, c’est bien qu’il avait chanté auparavant.

 

Le grand paléontologue, doublé d’un grand théologien, Teilhard de Chardin, aimait à dire de l’homme qu’il était entré sans bruit. Sans nul doute, voulait-il dire par là que l’homme, à son apparition simiesque, ne paraissait pas disposé à survivre longtemps. Pourtant, malgré son énorme handicap physique qui en faisait un avorton, non seulement, il survécut face aux bêtes féroces, mais encore il se développa sur toute la surface de la Terre, réussissant à survivre aussi bien dans les feux des déserts de sable que dans la froidure extrême des déserts de glace.

 

Pourquoi ce « miracle », qui confère à l’homme une place absolument exceptionnelle, surnaturelle ? Je serais tenté de donner cette réponse, certes étonnante, mais fruit de longues réflexions : Il survécut grâce à la musique ! Il survécut parce qu’il chanta ; je préciserai même : parce qu’il chanta en chœur. Et c’est tout de même extraordinaire que si chanter n’a rien de naturel en soi, il est remarquable que tous les peuples pratiquent le chant comme instrument de cohésion sociale.

 

Quand commença-t-il à chanter ?... C’est devenu une conviction chez moi, il commença à chanter le jour où il mesura la mort de ses proches. C’est d’ailleurs ce que dit la Bible encore : Adam ne s’adressa au Ciel qu’après la mort de son fils, Abel. La mort d’Abel est la renaissance de l’homme ; Adam, qui, dans sa vanité de se trouver le plus grand de tous les êtres, en avait oublié le Très Grand, Dieu.

 

Mon sentiment est que le premier vrai chant de l’homme fut un concert de pleurs ; quand une mère pleurant son enfant, les autres mères l’accompagnèrent dans ses sanglots de détresse ; ce qui deviendra cette très vieille tradition des « pleureuses ». Car devant le drame de la mort qu’importent en vérité les mots, seule compte l’expression vocale. Ce seront ces chants monocordes que l’on retrouve dans nos berceuses (la mort n’est-elle pas sœur du sommeil ?) Requies : repose, dors ! », et que l’on retrouve également dans ces chants monophoniques qui, codifiés au 6ème siècle par le pape Grégoire 1er donneront les fameux chants dits grégoriens.

 

Je parle souvent d’une courbe exponentielle se rapportant à l’évolution. Au départ d’une invention, celle-ci évolue très lentement, puis cela va de plus en plus vite. Un million d’années entre le premier silex taillé d’un côté et ce même silex taillé des deux côtés, et de nos jours l’évolution technologique est devenue si rapide qu’en cinquante ans, notre environnement est meublé d’une multitude d’instruments que nos grands-parents ne connaissaient pas.

 

Cette exponentielle se retrouve dans la musique.  Soit de l’homme qui tapait sur les bambous ; mais quand on pense qu’il a fallu attendre le 14ème siècle de notre ère pour voir apparaître la polyphonie !... Laquelle d’ailleurs fut condamnée par le pape de l’époque, Jean XXII. (Je cite de mémoire) : « Une nouvelle école de musique s’applique par un agencement nouveau des notes, à exprimer des airs d’une conception nouvelle. Ces compositeurs dédaignent les principes fondamentaux de l’antiphonaire en les efféminant. Certes, leur musique enivre-t-elle de plaisir nos oreilles, mais elle  n’élève pas les cœurs ».

 

Fallait-il s’en tenir aux seuls sumsum corda reconnus par l’Eglise ? Sans doute, les artistes eurent à souffrir de ces condamnations, qui ralentirent l’évolution de l’art musical ; mais, quand on pense que la musique instrumentale n’exista guère avant le 16ème siècle ; que l’opéra n’apparut qu’au 17ème et qu’il fallut attendre le 18ème pour avoir un répertoire de qualité, lequel explosera au 19ème ; oui, quand on pense à cette lente évolution, on comprend que, Max, c’est vous qui aviez raison :

 

Ce qu’on appelle l’histoire de la musique n’est finalement qu’une longue préhistoire où l’histoire elle-même se résume à une brève parenthèse, avant la déchéance du 20ème siècle. Car certes, les 18ème et 19ème ouverts avec l’œuvre sublime de Purcell, aboutirent à cette magnificence d’un Beethoven, d’un Verdi, d’un Berlioz, d’un Gounod, voire d’un Wagner (si tant est déjà que l’opéra wagnérien soit encore de la musique, puisque les airs chantés peuvent difficilement exister privés du jeu scénique !), et certes encore le début du 20ème siècle a vu de grands compositeurs (Mahler, Honegger, Rachmaninov, Saint-Saens, Fauré, Debussy, Ravel) mais dès les années 50, la musique, dans son ensemble, « dégénère » : Non qu’elle soit mauvaise, mais ou bien qu’elle devienne absconse à force de vouloir accéder forcément à la nouveauté, ou bien qu’elle devienne populaire à force, au contraire, de vouloir toucher le plus grand nombre.

 

Je ne pense pas que le 21ème siècle verra l’apparition de nouveaux compositeurs, chacun aujourd’hui préférant exercer son talent dans la chanson et la comédie musicale où pourtant aucune de ces œuvres n’atteindra à l’immortalité. L’histoire de la musique, à mon sens, est finie ; sans espoir de renaissance.

 

Sauf, il est vrai, pour quelques compositeurs, qui ayant préféré l’exercice de leur art à la recherche d’une gloire éphémère, perdureront dans la chapelle des mélomanes avertis ; dont vous.

 

Car oui, Max, quand vous avez accepté de rejoindre notre Académie, je savais que vous seriez de nos Immortels ; que longtemps après votre mort, nous vous évoquerions encore. Mais, l’immortalité, vous l’aviez déjà acquise depuis longtemps de par la réalisation de vos œuvres musicales, et à chaque fois que l’on jouera une de vos compositions, à chaque fois que l’on écoutera un disque de vous, vous serez vivant !

 

Et voyez-vous, vous faites partie de ces compositeurs dont personne ne parle, mais dont le talent était réel. Dans cent ans, j’en suis certain, on écoutera encore vos compositions :

 

La Symphonie du Verseau

Le Concerto pour clavecin

Le Quatuor pour saxophones

Lumen Hilare

Golfes d’Ombre

Au Cœur du Sang

Fais chanter la forêt

Cantate pour un soleil couchant

Oratorio

Dans la Forêt des Fées.

 

Sûrement ces œuvres resteront-elles d’une audience confidentielle, mais je crois en leur pérennité.

 

Là, avant d’en terminer, je voudrais ajouter quelque chose qui définit bien notre civilisation et notre siècle. Pour entendre un compositeur, il faut ou bien se rendre à un concert, ou bien acheter un disque, ou bien écouter sur internet.

 

La discussion actuelle à propos de l’écoute sur le net n’est pas sans fondement : Si tout le monde écoute gratuitement, comment veut-on que les compositeurs ou les interprètes puissent vivre ? Bien sûr qu’un disque ne coûte rien en soi, mais combien d’années pour écrire une œuvre ? combien d’années quant aux interprètes avant de savoir jouer du violon, de la harpe, de la flûte ou du saxo ? Combien d’années d’apprentissage avant de savoir chanter « baroque » ?...

 

Le drame de ce siècle c’est qu’on veut tout avoir sans en payer le prix. Jouer pour le plaisir a ses limites. Un jour viendra-t-il où plus aucun jeune ne voudra passer dix ans à apprendre à jouer du violon sachant qu’il ne gagnera qu’un salaire de misère ?... De plus, bientôt, hélas, on composera des orchestres sans aucun instrument ni instrumentiste mais par seule manipulation électronique. Les techniciens en informatique auront remplacé les artistes. 

 

Et puis, il y a ce que je considère un drame peut être plus important encore. L’introduction dans l’écriture musicale, de l’atonalité, de la bitonalité et de la polytonalité ainsi que l’apparition de nouveaux instruments ont donné naissance à des timbres inédits dont le seul résultat est d’être « surprenant », c’est le moins que l’on puisse dire !

 

Mais c’est sur cette note optimiste que je veux finir. Cet hommage que je viens de prononcer ici, je l’ai diffusé dans le monde entier, via le net. Or quand une jeune femme du Maghreb m’écrit : « Daniel, depuis que tu m’as fait découvrir Max Pinchard, j’écoute ses œuvres avec grand plaisir », ou cette autre d’Argentine : « Je suis ravie que tu m’aies fait part de ce discours en l’honneur de Max Pinchard ;  je ne  le connaissais pas mais depuis j’écoute sa musique », alors je me dis que cet hommage a été une bonne chose.

 

Où je tiens à ajouter ce message : A l’heure, si néfaste, de la mondialisation, qui gomme d’un geste les pourtant si heureuses différences culturelles au profit d’une pensée unique, désastreuse dans le principe et horrifiante sur le fait que la seule valeur humaine aujourd’hui reste la puissance de l’argent, il me plait de voir encore des gens aimer à entendre de la musique pure ou des opéras. Quant à ceux-ci qu’importe la langue ? italienne, allemande ou française, de toute façon c’est la musique qui l’emporte, et tout le monde, à condition d’avoir en tête l’histoire, comprend parfaitement ; autant que quiconque entendait le dominus vobis cum, même sans connaître le latin, savait parfaitement que « le maître était avec eux ».

 

La belle musique est porteuse d’universalisme, où je porte très loin cette pensée : Si quelqu’un qui aime Beethoven est capable d’aimer les chants australiens, qui n’appartiennent pas à sa culture, alors aussi, un aborigène est capable d’aimer Berlioz. La preuve a d’ailleurs été faite. Et à considérer le nombre de chanteurs de couleur noire comme le nombre de chefs d’orchestre de couleur jaune, je me dis que, peut-être, ce sont des gens de ces cultures-là qui vont sauver la belle musique, pourtant à l’origine « sang pour sang » européenne !

 

Voilà, Max. J’en ai terminé de cet hommage. Quelques-uns diront sans doute que j’aurais davantage dû parler de vous ; mais non . Moi, je sais que la modestie était votre façon d’être, et un encensement n’était pas la meilleure chose à faire pour vous retenir présent parmi nous. Je dis bien « présenté, car, c’est une certitude, le fait de nous être invisible n’exclut pas votre présence réelle, par où ici même encore : « Le maître est avec nous ».

 

Requiescat in pace. Qu’il repose en paix !... La phrase est certainement coutumière, mais là encore, non Max, même de Brahms, je ne vous offrirai pas de Requiem. Car, je suis certain que là-haut, vous ne vous reposerez pas davantage que vous ne le fîtes ici-bas. Jouez avec l’orchestre symphonique des anges musiciens ; vous convaincrez jusqu’aux dieux les plus réfractaires. Et surtout, n’oubliez pas cette bonne vieille Terre où des élèves anonymes attendent encore de vous, même par-delà les nuages.

 

 Comme disent les peuples naturels, (ceux qu’on appelle bien à tort « primitifs »), insufflez à quelque âme-enfant la vocation d’être musicien, alors, certainement un nouveau compositeur de talent naîtra-t-il un jour. Peut-être là même où vous aimiez vivre et où vous vous promenez encore ; qui inspira cette si belle composition de vous ; entre La Forêt, le Fleuve et la Ville.

 

A très bientôt Max !  

 

 



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