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Max Pinchard et l'Orchestre Haute-Normandie

Max Pinchard et l'Orchestre Haute-Normandie

Informations :

Date : 20 nov. 1984
Auteur : Florence Vercier
Publication : Paris-Normandie

Contenu :

Max Pinchard et l’Orchestre de Haute-Normandie

Après l’accueil triomphal fait à Rouen, récemment, à son Oratorio : « Sainte Unité de Trois »,  Max Pinchard était à l’Espace Niemeyer pour diriger l’Ensemble Orchestral de Haute-Normandie et dans un programme de musique contemporaine, faire entendre une de ses œuvres.

Max Pinchard compositeur havrais est parti depuis 15 ans. Mais il donnait ce soir une « symphonie » créée ici-même, il y a 20 ans,  par l’Orchestre du Conservatoire,  sa « Symphonie du Verseau ». C’était donc des retrouvailles et un anniversaire que l’on célébra au cours d’un concert particulièrement chaleureux.

                Homme de communication Max Pinchard ne se contente pas  de composer. L’heure n’est plus à l’isolement romantique de l’artiste ; le compositeur est dans son siècle, attentif aux autres. Désireux d’être entendu, de toucher. Et il ne fait pas non plus que diriger sa propre musique. Pour ce concert de l’Ensemble Orchestral il rendra convaincantes les œuvres d’autres créateurs de la région ; Jacques Feuillie, Olivier Bernard, et Jacques petit.

L’auditeur pourtant toujours paresseux quand il s’agit de s’aventurer en terrain inconnu a été conquis par les œuvres présentées. Des compositions d’un modernisme tempéré, mais ayant chacune véritablement son univers propre.  Quand les partitions sont fortes, qu’elles répondent à une exigence authentique, et qu’elles témoignent – c’est le premier point – d’un métier approfondi, les querelles de langage ou de style ne paraissent plus de mise ;  On ne se pose même plus la question quand on entre dans un domaine original, habité. Sans doute n’est-ce pas là des musiques « à la mode ». Mais s’en est-on soucié en écoutant l’œuvre vigoureuse de Jacques Feuillie, la vitalité et le raffinement de Jacques Petit, les élans lyriques de Max Pinchard et son intériorité, et  même, dans un genre plus badin, le « concerto » d’Olivier Bernard. ?

Dans ce « corps à cordes » J. Feuillie  a disposé séparément un trio et l’ensemble des cordes, chaque groupe provoquant l’autre dans un dialogue tendu, dont on suit l’évolution comme un suspense.

Le « Concerto » d’Olivier Bernard écrit par un pianiste virtuose semble par comparaison plus détendu , un aimable renouvellement du traditionnel jeu entre soliste et orchestre.

                Jacques Petit dans sa « Sonate à 12 » reprend à sa façon  la forme  ancienne  de la « variation » : une proposition élargie qui se modifie depuis la pesanteur solennelle jusqu’à l’allégresse dansante en passant par une expression plus austère. On est constamment captivé  par une irrésistible vitalité et séduit par l’utilisation très raffinée des cordes.

                Quant à la « Symphonie du  Verseau » c’est donc une partition ancienne que l’on redécouvre dans sa forme  ramassée et sa puissance. Dans l’expression tantôt énergique tantôt contemplative, se retrouve le caractère du compositeur homme d’action et de méditation… « Je suis un homme religieux : au fond la seule chose qui m’intéresse c’est chercher Dieu » confiait-il récemment. Cette fréquentation du sacré est tout entière dans le « lamento » cette pure et splendide parenthèse suspendue hors du temps et à l’écart de la vie bondissante et tumultueuse.

                Avec Max Pinchard on a découvert également l’Ensemble Orchestral de Haute-Normandie sous un nouveau jour : éclatant, intense. Le chef a communiqué son enthousiasme et sa force tout en obtenant la précision et la perfection des plus intimes détails. Les œuvres sont servies idéalement avec la chaleur et la conviction, dans un engagement généreux mais aussi de façon fouillée et stricte. C’et un exemple de ce que devrait toujours être un orchestre : allier technique et intensité. De cette façon, l’auditeur accède à une partition, y pénètre porté par leur élan. La musique est alors bien vivante

Florence Vercier

Novembre 1984, Paris-Normandie

               

 



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