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L'oratorio de Max Pinchard , un monde sonore exceptionnel

L'oratorio de Max Pinchard , un monde sonore exceptionnel

Informations :

Date : 4 nov. 1984
Auteur : Christian Goubault
Publication : Paris-Normandie

Contenu :

L’ORATORIO DE MAX PINCHARD :

Un monde sonore exceptionnel

 

Parce qu’il a de l’âme et du cœur  dans cette partition, elle nous a émus. Parce qu’elle est écrite dans un langage accessible à tous, mais sans concessions, elle restera. Voilà peut-être la grande leçon de « Sainte Unité de Trois » oratorio lyrique de Max Pinchard, sur des psaumes versifiés de Pierre Corneille, donné en création mondiale, hier après-midi, au théâtre des Arts de Rouen, sous la direction de Paul Ethuin.

Compositeur havrais Max Pinchard va de l’avant. Sa route n’emprunte pas les chemins balisés de la mode. Le musicien reste fidèle à lui-même, à ce qu’il aime et à une tradition où l’on ne rencontre que des gens fréquentables. Rien pour aguicher. Uniquement la sincérité du cœur.

« Sainte Unité de Trois » a été commandé par la Ville de Rouen pour commémorer un anniversaire qui lui est cher. Elle a trouvé en Max Pinchard l’homme, le créateur   au contact de l’Histoire et de ses réalités.

1984, le tricentenaire de la mort de Pierre Corneille, restera aussi pour cela. La musique de Max Pinchard est animée de bout en bout par la passion et par la foi.

En présence de grands textes, le compositeur a voulu se dépasser. Il a entrepris cet ouvrage dans la solitude mais avec lucidité, équilibrant la générosité et la réflexion, le lyrisme et la grandeur. Ce ne sont pas choses faciles.

D’abord, un admirable choix de poèmes, pris dans l’Imitation de Jésus-Christ, dans les hymnes et les psaumes.  Mais il fallait construire « pour créer un mouvement dramatique de nature à mettre en valeur la vigueur et la langue et en faire apparaître la modernité ». C’est le compositeur qui parle ainsi conscient de sa tâche.

            Sur cette structure porteuse, Max Pinchard a édifié un monde sonore exceptionnel. Il n’a pas craint de rappeler des souvenirs illustres, pour mieux montrer que le passé irrigue l’avenir. Il possède le sens dramatique, cette connaissance du public qu’il faut convaincre par des ressorts séculaires. De ce point de vue, la réussite est totale.

            Il serait trop long de dénombrer les merveilles d’une partition admirable par ses coloris instrumentaux et par sa dynamique générale. Cette musique est continuellement un commentaire somptueux des poèmes de Corneille. Parfois, elle grimace, se convulsionne ; souvent elle s’épanche et s’abandonne. Jamais, elle ne laisse indifférent. Tout s’enchaîne et les ruptures dramatiques voulues arrivent à point nommé. Tout s’élève et, de la marche angoissée du début à l’allégresse sobre, retenue, de la fin,  le chemin est tracé sûrement. Les temps forts abondent, surtout dans les dialogues du chœur et de la voix de soliste.

L’ensemble acquiert ainsi une force réelle et une ampleur incontestable.

            L’oratorio « Sainte Unité de Trois » a reçu une ovation  longue et méritée, qui allait non seulement au compositeur, mais également à ses interprètes.

Chœurs du Théâtre des Arts et du Conservatoire, vivants et efficients (direction Michel Capperon et Lucien Brasseur). Emouvante et  chaleureuse voix d’Hélène Garetti, dont la dimension poignante atteignait les sommets. Orchestre brillant de mille feux, enrobant l’ensemble d’une pâte  sonore dense. A la tête : Paul Ethuin, ordonnateur, coordonnateur, mettant tout son art au service d’une belle œuvre.

Une soirée qui laissera une trace lumineuse.

Christian Goubault, Paris-Normandie, 5 novembre  1984



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