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Une création musicale à Rouen pour le tricentenaire de la mort de PIERRE CORNEILLE

Une création musicale à Rouen pour le tricentenaire de la mort de PIERRE CORNEILLE

Informations :

Date : 4 nov. 1984
Auteur : Claude Dubromel
Publication : Centre presse

Contenu :

Les mélomanes drouais, en dehors des trop rares occasions locales, ont les oreilles tournées vers Chartres, Versailles, Paris bien sûr.   Nous voudrions cette fois les inviter à les ouvrir vers Rouen. 

La capitale normande célèbre cette année le tricentenaire de la mort de Pierre Corneille. Bien que nombre de français nourris d'une culture classique, inclinent à replacer Corneille plus haut et surtout plus profond que Diderot, mort, lui, en 1784, le ministère de la Culture a donné le pas dans l'hommage public, à l'encyclopédiste, pour les motifs d'affinités que l'on devine. De sorte que l'éclat des fêtes en l'honneur de Corneille a eu quelques difficultés à illuminer au-delà de Rouen.

Mais il reste, pour clôre ces fêtes, une manifestation musicale  sur l'intérêt de laquelle nous nous plaisons à attirer l'attention de nos lecteurs, amateurs de musique.

Le dimanche 4 novembre, le théâtre des Arts (où a eu lieu il y a deux semaines une intéressante reprise de l'opéra "Le Cid" de Massenet) servira de cadre à un concert. Deux pièces sont inscrites au programme : La symphonie en ré mineur de César Franck et une création, un oratorio lyrique de Max Pinchard intitulé "Sainte Unité de Trois" composé pour la circonstance, sur des psaumes traduits par Pierre Corneille.

Les" Psaumes et Hymnes "  de Pierre Corneille sont évidemment moins connus que ses tragédies. Ils comptent pourtant parmi les oeuvres les plus fortes, les plus résonnantes du génial versificateur. Pour qui connait le Psautier apparaît d'entrée une affinité avec le caratère et la spiritualité de Corneille. Max Pinchard a de surcroit choisi les pages les plus denses, les pages d'airain, bref les pages les plus "lyriques" dans lesquelles vibrent l'angoisse existentielle, mais plus encore l'espérance et l'abandon à l'amour.

Qui est le compositeur séduit par ce brasier ? Max Pinchard est un normand dont toute la vie est habitée par la musique : créateur et pédagogue (une heureuse alliance de fonctions, qui préserve tout à la fois de l'angélisme et de l'utilitarisme). Bien qu'à la tête d'une oeuvre déjà abondante et diversifiée, aucune chapelle ne le compte dans sa confrérie, ce qui peut expliquer que la gloire des grands médias ne le baigne pas encore vraiment.  Mais il a l'estime de que quelques-uns des plus côtés. J'oserai écrire que Max Pinchard est de ceux qui ont le tort d'avoir raison trop tôt. Son oeuvre se situe dans une filiation certaine avec les raffinements des Fauré, Debussy, Ravel. Et si la curiosité, le désir d'élargir  ces horizons l'ont conduit à explorer les arcanes de l'école de Viene, le modalisme de Georges Migot, la fidélité profonde est demeurée en ces temps où l'on prônait les ruptures.

Aujourd'hui on se surprend à redécouvrir quelques valeurs laissées injustement dans l'ombre pendant le temps d'investigations souvent hasardeuses. L'heure des mainteneurs est peut-être sonnée. 

Le concert du 4  novembre sera donné par l'orchestre et les choeurs du Théâtre des Arts.  Soliste Hélène Garetti, soprano,  direction musicale Paul Ethuin.  Claude Dubromel 



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